L’hypnose thérapeutique permet aux patients atteints de maladies chroniques comme la polyarthrite rhumatoïde de mieux vivre en atténuant les douleurs et le stress liés à leur pathologie. Comment définit-on l’hypnose et par quels mécanismes agit-elle ? Quels bénéfices peut-on en attendre ? Entretien avec le Dr Jean-Marc Benhaiem, hypnothérapeute*.

Quels bénéfices peut-on attendre de l’hypnose thérapeutique ?

Lorsque l’on interroge les médecins et les psychologues qui désirent se former à l’hypnose sur les raisons de leur choix, la plupart confient qu’ils se sentent parfois désemparés face à la douleur chronique de leurs patients. L’hypnose est souvent la réponse qu’ils espèrent pour mieux aider leurs patients. Elle a en effet fait la preuve de son efficacité dans le traitement de la douleur chronique, et fonctionne dans le changement de comportements tels que la dramatisation, le catastrophisme. Pratiquement toutes les pathologies douloureuses chroniques peuvent bénéficier de l’approche par l’hypnose : les études cliniques ont porté sur les céphalées de tension, la migraine, le côlon irritable, les douleurs abdominales ou encore les douleurs du cancer, ainsi que l’anxiété qui participe à toutes ces pathologies.

À quoi ressemble une séance d’hypnose ?

Une séance d’hypnose comporte trois grandes étapes : l’induction, la dissociation ou confusion et enfin l’ouverture. Le patient s’installe dans ce que j’appelle une sensorialité première, qui fonctionne en dehors de la raison. Pour y accéder, il doit utiliser ressources, inventivité et imagination. Se mettre dans un état hypnotique, seul ou guidé par un thérapeute, a pour objectif de mettre en relation le patient avec la totalité de son corps, de son espace et de son savoir. Car entrer en relation avec son corps est la condition nécessaire pour guérir.

Par quels mécanismes une séance d’hypnose peut-elle soulager les douleurs chroniques ?

Il s’agit avant tout de « troquer » la certitude du chronique contre l’incertitude de la vie réelle. En effet, les personnes qui souffrent d’une pathologie chronique subissent la douleur et savent que le lendemain et les jours suivants, elles continueront de souffrir. L’un des exercices proposé sous hypnose, est de demander au patient s’il envisage le changement sous cette forme : s’installer dans le doute, l’incertitude. Ne rien savoir de l’avenir, renoncer à exercer un contrôle sur le corps est le signe de la guérison et une façon de revenir dans son corps.

Pouvez-vous nous donner quelques exemples de stratégies thérapeutiques ?

Au cours de l’interrogatoire ou du récit de sa pathologie, le patient décrit ses douleurs et sa souffrance. Parmi les métaphores utilisées pour évoquer les symptômes dont ils souffrent, les patients parlent souvent d’un étau qui serre, d’un tube trop étroit, d’une griffure, etc. Le thérapeute utilise ces métaphores au cours de la séance d’hypnose pour les modifier voire en proposer d’autres plus adaptées à un changement de contexte donc compatibles avec une absence de douleur. De même, la douleur et la peur de la douleur provoquent une diminution de l’amplitude articulaire et des mouvements. À cause de la douleur et du handicap, le patient est comme fâché avec les parties de son corps qui ne fonctionnent plus comme avant.
Pour obtenir un soulagement, il doit se « réconcilier » avec ces zones de son corps. Finalement, l’objectif thérapeutique est d’accepter la réalité et de s’entendre avec le corps tel qu’il est devenu. La détérioration de ses articulations, la présence d’inflammations, les crises douloureuses intermittentes et invalidantes modifient considérablement la relation qu’un patient a à son corps : les séances d’hypnose peuvent aborder cet aspect de la relation que le patient entretient avec sa maladie.

L’entente médecin-malade est-elle primordiale dans les résultats thérapeutiques ?

Elle est essentielle. La personnalité du thérapeute compte pour beaucoup dans les résultats thérapeutiques. On parle du « charisme » du médecin utilisant l’empathie : un mélange d’assurance, de convivialité et de confiance à la fois dans le traitement et dans les ressources du patient. La relation est faite du désir du patient de guérir, de la confiance dans la « méthode » appliquée et de la disponibilité du thérapeute.

* Le Dr Jean-Marc Benhaiem est hypnothérapeute au Centre d’Évaluation et de Traitement de la Douleur, Hôpital Ambroise Paré (92 Boulogne) et Responsable du DU d’Hypnose médicale Pitié Salpêtrière (75 Paris)

Source: www.polyarthrite-rhumatoide.fr